Emmanuel MONNEAU, « L’émergence de la neuroéconomie : structure et dynamique d’un sous-champ disciplinaire », Revue d’histoire des sciences humaines, n°25, 2012, 203-238

Résumé

La neuroéconomie est un domaine de recherche récent, encore modeste mais en développement rapide. Il a émergé dans les années 1990, se cristallise en domaine de recherche à partir de 2004 pour se constituer progressivement en communauté en 2007-2008 aux États-Unis. La relative faiblesse de ce domaine dans l’espace de production scientifique doit être nuancée par la centralité des supports concernés. En effet, la neuroéconomie est située au cœur des enjeux, notamment épistémologique, de la science économique. Pluridisciplinaire, elle est toutefois doublement dominée par les neurosciences et la science économique.
Une enquête sur les revues académiques révèle que l’innovation scientifique s’effectue hors des revues d’économie, qui possèdent davantage un rôle programmatique et de diffusion du domaine au sein de la science économique. Ce sont les revues scientifiques généralistes et les revues de neurosciences qui jouent un rôle d’innovation scientifique. Dans un contexte de domination du champ scientifique mondial par les États-Unis, l’hégémonie américaine en ce domaine n’est pas surprenante, mais la neuroéconomie est déjà très internationalisée. Elle suscite un intérêt relativement important en France, en particulier au sein de la science économique. La France suit cependant le mouvement initié aux États-Unis et ne produit pas ou très peu d’innovation scientifique dans ce domaine. Un processus d’institutionnalisation de la neuroéconomie, moins avancé qu’aux États-Unis, est aussi en cours en France. Il mobilise quelques chercheurs qui s’appuient sur l’économie critique, en essayant de tirer partie des potentialités de la neuroéconomie.
La neuroéconomie est susceptible d’impliquer pour la science économique un changement plus ou moins fondamental dans la conception même de la démarche scientifique, pouvant la rapprocher un peu plus des sciences de la nature. Le caractère innovant de la neuroéconomie, dans un contexte où les découvertes en science économique sont rares, attire des entrepreneurs académiques enclins à investir dans ce domaine de recherche émergeant.

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